Anne Reveyrand sur l’extension et l’amplification de la zone à faibles émissions

Anne Reveyrand sur l’extension et l’amplification de la zone à faibles émissions

Cette délibération marque une nouvelle étape dans le dispositif Zone à faibles émissions. Pour continuer à améliorer la qualité de l’air, et se mettre en conformité avec la loi française et européenne, ce texte soumet à la concertation le projet d’extension et d’amplification de la ZFE, avant un vote final en mars. Anne Reveyrand est intervenue pour le groupe socialiste.

Seul le prononcé fait foi


Monsieur le président, chers collègues,

Combien de fois faudra-t-il répéter que la première des intentions de l’Europe lors de la préconisation d’instauration des ZFE, c’était la santé des populations ? Le dire et le redire à ceux-là même qui vivent aux abords des voiries les plus polluées, ceux-là même qui ont le sentiment d’être punis par la perspective de devoir changer leur véhicule ou leur mode de déplacement. Souvenons-nous que la pollution de l’air a deux fois plus d’impact sur la fonction pulmonaire chez les personnes à faibles revenus. En réalité, la transition écologique, quand elle est conduite avec le souci des plus vulnérables, est un levier pour améliorer les conditions de vie de tous.

Nous nous réjouissons d’avoir vu notre parole du début de mandat prise en compte pour la protection de ces populations lors des premiers travaux conduits pour instaurer une ZFE. Je disais alors :

« N’est-ce pas l’injustice sociale qui fabrique ce parc de véhicules aujourd’hui inapproprié ? Alors oui, rétablissons un peu d’équité pour permettre à chacun de concourir à notre objectif de santé pour tous. »

« Nous, élus socialistes, seront particulièrement vigilants à ce que le dispositif ne laisse personne sur le bord de la route tant pour le remplacement d’un véhicule que pour un nouveau mode de mobilité. »

Certains nous disent que nous allons trop vite. Les ZFE ou plutôt les LEZ, se sont imposées depuis plus de dix ans, partout en Europe, dans le Nord comme en Italie. C’est en retard que nous sommes. Il est vrai que la France attend bien souvent d’être sanctionnée par la Commission européenne pour mettre en place les mesures nécessaires à la transcription dans le droit français des directives européennes.

C’est la contrainte financière qui s’impose alors à notre pays. Mais que d’argent gagné, dans l’intervalle, par des groupes industriels, pour la production et la vente de biens inadaptés au service (je pense à la voiture des années 2000) ou polluants (je pense aux additifs alimentaires, et ce n’est qu’un exemple) !

L’État montre ici toute sa volonté de satisfaire des impératifs économiques qui lui sont dictés par de puissants récipiendaires de bénéfices colossaux et indécents dans la période que nous vivons, qui plonge dans l’extrême pauvreté nombre de nos concitoyens.

L’État, dans ces dispositifs de réduction de la pollution atmosphérique, montre sa volonté de laisser les collectivités endosser le mauvais rôle, celui du « méchant » qui contraint, sa volonté aussi de rester éloigné du terrain en évitant tout soutien méthodologique — ne serait-ce que par une campagne de communication nationale qui n’a jamais eu lieu — aux Métropoles contraintes de tâtonner, sa volonté de ne pas voir les choses se faire trop vite en évitant longtemps de statuer sur les dispositifs de contrôle automatique.

La crise de l’énergie avec sa montée faramineuse des prix va encore accélérer la démotorisation. Les mesures que nous mettons en place répondent aussi à des ménages moyens qui ne pourront plus supporter les coûts des carburants dans un court terme. Peut-être un peu trop tôt pour ceux qui, dans ce cas dans la Métropole, vont être tributaires des transports en commun.

Car le rythme proposé pour la ZFE trouve son pendant dans la concomitance en 2026 de la livraison des nouvelles lignes de tramways T6 Nord, T9, T10. Pour Bron et Villeurbanne on peut également ajouter le BHNS.

Nous en sommes pleinement satisfaits. Là aussi que de temps perdu avec pour motif sous-jacent dans un passé pas si lointain, le constat que seuls les étudiants, les femmes très modestes et les plus démunis avaient recours à ce mode de déplacement, bref des habitants considérés alors comme des « demi-citoyens » ?

La solution du transport à la demande pour certains secteurs mal desservis par les transports en commun ou celle du chèque mobilité nous semblent satisfaisantes pour compléter les propositions nombreuses d’alternatives à la voiture individuelle.

L’amplification de la ZFE en termes de périmètre est le fruit d’un travail très minutieux sur les effets escomptés qui restent à surveiller très précisément dans le temps.

Avec la conscience que le reste à charge reste important, mais que le renouvellement naturel du parc nous sera d’un appui précieux, battons en brèche l’idée que les aides sont insuffisantes. Leur spectre est très large et leur niveau, au-delà des barèmes de l’État, jusqu’au 7ème décile, permet d’aller vers des publics qui sont loin d’être les plus « modestes ».

Pour en venir à la concertation précisément, pour que l’amplification de notre ZFE soit une réussite, il nous a fallu, dans un temps plus long que celui de la concertation réglementaire à venir, entendre les expressions personnelles. Les individus ont naturellement le sentiment que dans les décisions publiques leur position et leur problème individuel sont négligés. Ne leur reprochons pas de ne pas avoir une vision collective ! Leur problème est toujours particulier et jamais commun à ceux des autres. La forme de la concertation et la décision collective doivent tenir compte de cette réalité pour construire une politique publique adaptée à tous.

L’Agence des mobilités inaugurée le 8 septembre dernier remplit déjà pleinement la fonction d’accompagnement individuel nécessaire au changement de mobilité, avec un agenda bien plein. Nous lui souhaitons bon vent ! Une vision claire du futur pour nos déplacements dans notre Métropole va permettre, avec cette délibération, à chacun de prendre les justes mesures, de faire les justes projets qui lui sont adaptés.

Notre regard sera positif et vigilant parce que nous voulons voir avancer ce dispositif de ZFE qui, inexorablement, s’impose à notre avenir, si nous voulons en avoir un et en offrir un à nos enfants et petits-enfants.

Le groupe Socialistes, la gauche sociale et écologique & Apparentés, votera, vous l’aurez compris, ce rapport.

Je vous remercie de votre attention.