Emmanuel Giraud sur l’engagement de la Ville pour la création de nouveaux logements sociaux

Emmanuel Giraud sur l’engagement de la Ville pour la création de nouveaux logements sociaux

Intervention d’Emmanuel Giraud lors du Conseil municipal de Lyon du 17 décembre 2020 sur l’engagement triennal de la Ville (2020-2022) au titre de la loi SRU sur la production de logement social

Seul le prononcé fait foi


Monsieur le Maire,

Cher.e.s collègues,

La délibération qui nous est proposée ce jour concernant l’engagement triennal de la Ville de Lyon au titre de la loi SRU pour la période 2020-2022, ne devrait pas souffrir d’une quelconque contestation puisqu’il s’agit pour notre collectivité de respecter le cadre légal à l’œuvre en s’accordant sur les modalités du rattrapage du retard en matière d’offre de logement social.

Mais, à la lecture des prises de paroles demandées, il semblerait que le sujet du logement social et les manquements de notre ville en la matière, semble soudainement passionner l’ensemble de nos groupes politiques.

Force est de constater que la part de logement social a sensiblement évolué depuis une vingtaine d’années sur la Ville, permettant de passer le taux de 17,72% en 2001 à 21,55% en 2019.

Force est de constater que cette augmentation s’est diffusée sur l’ensemble de la Ville et de manière équilibrée quels que soient les arrondissements.

Mais malgré ces efforts incontestables, malgré cette trajectoire semble-t-il prometteuse, la photo de l’instant offre une autre réalité et l’Etat est là pour nous le rappeler,

Notre ville ne remplit toujours pas les objectifs qui lui sont fixés et qu’elle se doit de respecter.

Aujourd’hui, quand plus de 600 villes en France dépassent ce taux légal de 25% de logement social, notre ville ne l’atteint pas encore !
Lorsque 10 communes des 59 qui composent la Métropole (Rillieux/Vénissieux/Vaulx-en- Velin/Givors/St Priest/Grigny/Feyzin/Bron/Villeurbanne), dépassent ce même seuil, notre ville ne l’atteint pas encore.

La Ville de Lyon ne concentre que 35% du parc social de la Métropole, soit moins de 60 000 logements.
Pourtant, c’est sur notre Ville que se concentre la majorité des emplois de la Métropole et c’est très majoritairement sur notre ville que ce sont créé les emplois depuis 2010, signe d’une inadéquation croissante entre les lieux d’emplois et les lieux d’habitat

Les « rééquilibrages » au sein des arrondissements lyonnais demeurent eux aussi très relatifs. L’arrêt sur image, 20 ans après, provoque les mêmes constats : le taux de logement

social continue à progresser dans le 8ième, ce taux diminue dans le 9ième mais le stock de logements sociaux continue de croître. Seuls ces deux arrondissements ont des taux largement supérieurs à 30%, quand aucun des 7 autres arrondissements n’atteint encore aujourd’hui et ce malgré les efforts les 20%.

In fine, le logement social à Lyon, c’est d’abord et toujours aux marges de l’hypercentre, dans le 8, le 9 et j’y inclurais bien volontiers Villeurbanne, qui dépasse également le taux légal.

Cette fameuse « Ville à Vivre », slogan du projet de PLU-H au moment de son élaboration, se constitue bien timidement pour celles et ceux, nombreuses et nombreux éligibles au logement social qui voient leur parcours résidentiel s’éloigner irrémédiablement du centre de gravité de la Métropole.

Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir produit lourdement du logement depuis 2001, dans une période faste pour les promoteurs immobiliers, période reconnue par eux-mêmes comme une véritable « lune de miel » en termes de business. L’occasion inespérée pour la Ville de négocier fortement la place du logement social dans l’équilibre des opérations. Et c’est une négociation finalement modérée qui s’est opérée, laissant le plus souvent à des logiques privées, pour des placements immobiliers, aux rendements devenus insolents face aux enjeux de fabriquer la « ville à vivre » pour toutes et tous.

Fabriquer la « ville à vivre » pour toutes et tous, c’est notamment et d’abord :

–  Réduire la pression de la demande en logement social : elle est forte dans tous nos arrondissements et d’abord dans nos quartiers sous dotés, qui dépassent aujourd’hui les 12 demandes par logement disponibles

–  Réduire le poids des dépenses de logement dans les dépenses des ménages. Car rapporté à leurs revenus, le logement coûte aujourd’hui quatre fois plus cher aux pauvres qu’aux plus aisés, ce qui réduit considérablement leur reste à vivre

–  Offrir en nombre importants des grands logements, pour permettre aux familles d’avoir d’autres choix que de s’exiler à plusieurs dizaines de kilomètres en périphérie, en alimentant un modèle de déplacement bien peu vertueux. Ce maintien des familles et de jeunes lyonnais participe aussi de la vitalité à termes de nos structures associatives et de nos équipements d’éducation et de proximité

Vous l’aurez compris, Le logement est donc un sujet bien trop sérieux, dans notre ville réputée pour son humanisme, pour qu’il puisse susciter des dissensions au sein de notre assemblée.

Par son attractivité, sa richesse, notre ville, notre Métropole disposent de tous les moyens, y compris les outils développés par nos prédécesseurs, pour avancer ! Avancer lourdement sur ce sujet, c’est possible y compris en zone tendue. L’exemple de Paris en est l’incarnation : un taux de logement social qui est passé de 13,5% en 2001 à 23% en 2019. 10 points de plus en 20 ans, 4 de plus sur la Ville de Lyon : cette comparaison doit nous ramener collectivement à une certaine modestie dans les actions déjà entreprises. Ce bilan parisien est également source d’espoir, quant à notre capacité à atteindre l’objectif en milieu « tendu », en tordant le cou à une pseudo-dépréciation de la cité.

En conclusion, L’Etat nous rappelle à nos seuls devoirs. Au regard des enjeux et des inégalités croissantes que connaît notre Ville, respecter cet engagement nous paraît essentiel en menant une politique foncièrement ambitieuse et volontariste en faveur du logement social. Le Groupe Socialiste, la gauche sociale et écologique votera favorablement pour cette délibération qui nous est soumise.