Gilbert-Luc Devinaz sur l’avis contre l’élargissement de l’A46 sud

Gilbert-Luc Devinaz sur l’avis contre l’élargissement de l’A46 sud

Dans le cadre d’une concertation menée par l’État et Autoroutes du Sud de la France sur l’élargissement à 2×3 voies de l’A46 sud, la Métropole a choisi d’émettre un avis contre ce projet. Gilbert-Luc Devinaz est intervenu pour le groupe socialiste, pour appuyer cette opposition et rappeler la nécessité de la réalisation du contournement ferroviaire de l’agglomération lyonnaise. Retrouvez son intervention au Conseil du 27 septembre 2021.

Seul le prononcé fait foi


Monsieur le président, Monsieur le vice-président, chers collègues, Mesdames, Messieurs,

Dans le cadre de la concertation menée par l’État et les Autoroutes du Sud de la France sur la mise à 2 X 3 voies du tronçon sud de l’A46 et sur l’aménagement du nœud de Manissieux, la Métropole doit émettre un avis. Celui du groupe Socialistes, la gauche sociale et écologique & Apparentés est de s’opposer clairement au projet d’aménagement tel que présenté par l’Etat.

En effet, accepter le passage de l’A46 Sud en deux fois 3 voies entérine une bonne fois pour toutes l’idée que le contournement Est de la Métropole… passe par la Métropole ! Une aberration semblable au passage de l’A6/A7 au cœur de Lyon ! Les habitants des communes de l’Est de notre agglomération et du Pays d’Ozon ont aussi le droit à bénéficier d’un environnement de qualité. C’est une question de justice sociale ET écologique.

Sur ce dossier de l’A46, nous pensons qu’il est temps d’arrêter de subir les choix de la fin des années 70. C’est en effet sous le mandat du président Giscard D’Estaing, qu’il a été décidé de ne pas réaliser l’A46 plus à l’EST en desservant Saint-Exupéry. La raison invoquée à l’époque ? Le coût. L’Etat n’en a pas les moyens.

C’est ainsi, qu’à la place, deux tronçons ont été réalisés :  l’A46 nord reliant Anse à Vaulx-en-Velin et l’A46 Sud reliant Saint-Priest / Mions à Chasse-Ternay ; et c’est la rocade des villages qui a servi de jonction entre ces deux sections.

Conséquence de cette décision ? La fonction de la rocade des villages, prévue initialement pour désenclaver l’EST de notre territoire et son tissu industriel, a été totalement dévoyée.

Deuxième conséquence, nous voilà avec le contournement Est de notre métropole qui passe au cœur de celle-ci en mélangeant tous les trafics : de transit, d’échanges et locaux.

Aujourd’hui, nous le savons tous, la traversée de la rocade dite des villages n’a rien d’une promenade bucolique. C’est un des points majeurs de congestion routière de notre agglomération avec des nuisances extrêmement importantes en matière de pollution atmosphérique, sonore, pour les habitants des communes traversées. Sans compter que c’est une zone au fort trafic de poids lourds et d’insécurité routière.

Autre conséquence, des trafics intenses traversent des zones extrêmement sensibles de notre territoire : je veux parler ici de l’arrivée de l’A46 nord à Vaulx-en-Velin par la descente de Sermonaz, avec un ouvrage vieillissant enjambant partiellement une partie de notre réserve d’eau potable.

Et au Sud, au niveau de Chasse-sur-Rhône/Ternay, nous avons de forts trafics dont des poids lourds qui circulent en plein couloir de la chimie avec des sites industriels classés SEVESO. Les risques industriels existent, AZF à Toulouse, Lubrizol à Rouen, par exemple, catastrophes majeures qui nous rappellent tragiquement que le risque zéro n’existe jamais. ET pourtant, ces risques industriels sont souvent sous-estimés et sous évalués lorsqu’on compare différents projets, notamment en matière de leur coût.

En plus des conséquences humaines, je vous laisse imaginer les impacts économiques d’un incident majeur sur le trafic routier et ferroviaire sur cette zone sud du couloir de la chimie.  Un trafic qui se trouverait stopper, arrêter bien au-delà de notre région Auvergne Rhône-Alpes.

C’est pourquoi les aspects financiers de tels projets structurants pour les territoires ne doivent jamais être une boussole à courte vue de la décision publique. C’est toute la difficulté. J’en veux pour exemple le fait que depuis la réalisation de l’A46 Nord et Sud, l’A432 a été réalisé et dessert Saint-Exupéry en épousant une partie du tracé prévu initialement pour l’A46. Comme quoi… avec le temps tout arrive y compris les moyens financiers.

Aujourd’hui, nous ne pouvons pas nous résigner à abandonner la qualité de vie, la santé et la sécurité des habitants de la Métropole en acceptant ce projet d’aménagement. Pour autant, il nous faut penser des solutions pour répondre à la saturation du trafic et à la dégradation des conditions de vie des habitants de cette partie du territoire.

La Métropole a la responsabilité de les créer lorsqu’elles relèvent de sa compétence ou de les encourager lorsque celles-ci dépassent son périmètre d’action. C’est bien le sens de cette délibération.

Quelques-unes de ces alternatives sont évoquées dans l’exposé des motifs et d’autres pourraient être envisagées. 

En premier lieu, un des leviers majeurs pour réduire le transit point-lourds, c’est de développer le fret ferroviaire. Cela signifie très concrètement de faire avancer le dossier du contournement ferroviaire de l’agglomération lyonnaise.

Le CFAL doit être une priorité. Nous appelons à une grande vigilance quant à son tracé, notamment au Sud afin que celui-ci ne vienne pas s’échoir dans une zone déjà saturée, dense et à haut risque industriel sans oublier la gare de triage de Sibelin à Solaize. Une piste sérieuse serait de privilégier un tracé longeant la ligne à grande vitesse. Cette perspective offrirait l’occasion de relancer la réflexion du prolongement de l’A432 au Sud, scénario insuffisamment exploré comme alternative à la mise en 2 fois 3 voies de l’A46 Sud. Cela devra bien évidemment se réfléchir dans le cadre d’une large concertation avec les habitants et les collectivités de l’Isère concernés.

Enfin, le développement des modes de transports collectifs est un levier important pour contenir voire réduire le trafic local dans cette partie Est de notre Métropole, qui ne l’oublions pas, continue à se développer économiquement et démographiquement.

Cette délibération rend donc un avis clair et étayé en ouvrant sur la recherche d’alternatives. Parce que ces solutions nécessitent un travail de concertation et de dialogue avec d’autres collectivités, d’autres territoires, cette délibération n’a pas à être amendée en faveur de tel ou de tel scénario.

Notre groupe votera favorablement cette délibération telle quelle.