Au Conseil

Intervention de Sandrine Runel au Conseil du 24 juin 2019 sur le Plan Pauvreté

Retrouvez ci-dessous l’intervention complète de Sandrine Runel, présidente du groupe socialiste à la Métropole, sur le Plan Pauvreté lors du Conseil du lundi 24 juin 2019 (délibération n° 2019-3575). L’intervention a été faite au nom des groupes EELV et socialiste et de M. le Conseiller Gachet.

Seul le prononcé fait foi


Monsieur le Président, chers collègues,

J’ai le plaisir de m’exprimer au nom des groupes EELV, socialiste et de Monsieur le Conseiller Gachet.

Engager une stratégie de prévention et de lutte contre la pauvreté est un objectif ambitieux au regard des enjeux et des difficultés actuelles.

Comme chacun s’en doute, nous voterons cette délibération, tant à nos yeux tout ce qui peut être proposé pour aider et accompagner les plus démunis doit être saisi.

Mais avant d’en venir sur le cœur de cette délibération, je veux rappeler quelques vérités sur la politique menée par la majorité gouvernementale que cette convention ne parviendra pas à dissimuler.

Je veux le faire car « ceux qui ne sont rien », comme s’est plu à le dire le Président de la République vivent durement l’augmentation de la CSG, la baisse des APL ou le gel du SMIC, quand dans le même temps, ils voient la suppression de l’ISF ou la Flat TAX/PFU.

Je veux le rappeler car cette majorité, satisfaite du résultat des élections européennes qui ont placé le Rassemblement National en tête, n’a pas entendu les colères exprimées durant ces derniers mois par des Français réclamant plus de justice fiscale et sociale. Et j’en veux pour preuve la réforme annoncée de l’assurance chômage qui vise à réduire drastiquement les conditions d’accès à l’indemnisation des salariés et qui frappera inévitablement en premier lieu les plus précaires, ceux qui enchaînent les petits boulots.

Alors quand l’État vient aux côtés de la métropole, aider par des financements l’exercice de nos compétences, nous ne pouvons que nous en réjouir.

Nous avons, et je vous en remercie Monsieur le président, cheminé ensemble sur ce dossier. Nous nous sommes saisis de l’opportunité qui nous a été offerte d’être territoire démonstrateur, tant ces causes nous mobilisent.

Ensuite, vous avez fait le choix de construire cette convention dans le dialogue et la concertation avec un grand nombre d’acteurs de la prévention et de la lutte contre la pauvreté de notre territoire.

Un mot tout d’abord sur un constat récurrent, celui des inégalités territoriales.

La crainte de voir déferler les pauvres est souvent un obstacle pour l’action. Elle entraîne la propagation de fausses nouvelles qui sont autant de freins à l’intégration et au vivre ensemble. Nous le voyons bien lorsqu’il s’agit du droit au logement opposable qui concerne les recalés des circuits normaux d’accès, la loi est dénigrée au motif qu’elle entraîne l’arrivée de précaires avec une forme de coupe file. Et pourtant, lorsque l’on regarde de plus près, on ne compte que 4% de bénéficiaires du recours parmi les attributions de logement social. Oui, la pauvreté fait peur et parfois paralyse, elle inhibe.

Aussi, cette convention doit nous permettre de faire la preuve de l’effectivité des politiques sociales pour sortir de la défiance qu’expriment beaucoup de nos concitoyens envers notre modèle social. Il en va de notre cohésion sociale. En arrimant nos politiques sociales à une logique d’évaluation adossée à des objectifs ambitieux qui nous seront fixés, cette convention doit nous permettre de passer à une culture de la confiance. Elle doit nous permettre de mesurer nos résultats, de sortir d’une forme d’aveuglement sur les impacts réels pour nos concitoyens, de réajuster nos interventions si nécessaires, de nous saisir des opportunités de l’innovation, riche sur notre agglomération.

Pour ce faire, nous devons prendre un engagement, celui d’accompagner.

Accompagner les jeunes.
Nous devons avoir pour ambition de mettre un terme aux sorties sèches de l’aide sociale à l’enfance, tant nous savons que parmi les personnes à la rue, 25% sont des anciens de l’ASE.

Pourtant le législateur recule sur la proposition initiale de la députée Bourguignon qui proposait de rendre obligatoire la signature d’un contrat jeune majeur. La Métropole devra aller au bout de son objectif d’accompagnement en dépassant les conditions mises en place par la loi qui ne feront que pérenniser le drame actuel.

Accompagner aussi par la mise en place de maraudes mixtes.
La présence d’équipes d’éducateurs spécialisés est une réelle avancée. Le renforcement des solutions d’hébergement doit cependant être effectif. Il est certain que c’est sur ce point que l’effort principal devra porter.

Accompagner les personnes rencontrant des problématiques de santé mentale ou favoriser l’accès aux établissements médicaux sociaux.
Nous sommes devant un vaste projet, disons-le, tant la pauvreté d’un secteur qui souffre d’un croisement de compétences au détriment de l’efficacité est grande. Ce n’est pourtant pas faute de rencontres et d’échanges entre les acteurs de terrains. C’est au niveau des relations entre institutions que les questions doivent être posées.

De la même manière, nous ne devons pas oublier ceux dont le handicap physique freine l’insertion et qui parfois, trop souvent, se retrouvent dans des situations d’extrême précarité.

Et enfin favoriser l’offre d’hébergements et de logements adaptés, ce qui suppose aussi une transversalité avec les autres dispositifs de la Métropole en particulier la politique du logement d’abord.

Pour accompagner nous devons accueillir. Et bien.

Combien de suivis pour chacune et chacun des agents des services sociaux de la Métropole ? Combien de temps peut être consacré à chaque personne ? La question de la proximité est importante (moins de 30 minutes) mais la condition première est celle de l’accessibilité aux personnels compétents, celle de la possibilité d’engager une relation durable.

Nous votons pour l’exigence d’une meilleure orientation des BRSA dès le premier mois pour que nous soyons dépositaire de l’exigence d’accompagnement des publics en difficulté.
L’accueil inconditionnel de proximité est un objectif, en aucun cas un acquis. Nous votons pour le renforcement et le déploiement des lieux d’accueil pour lutter contre le non recours qui s’élève à près de 30% pour le RSA.

Les référents de parcours ne sont efficaces que dans la relation de confiance qu’ils peuvent établir avec les personnes accompagnées. La durée déterminée de l’accompagnement est une négation de la nécessaire inscription dans la durée de ces actions. L’accompagnement devrait toujours être construit sur la réponse que les personnes apportent à la question : « qu’est-ce qui serait bien pour vous, à votre avis ? »

Renforcer les passerelles entre insertion et emploi.
Il serait judicieux de dire qu’il faut renforcer l’activation vers l’emploi non pas en abaissant le délai moyen d’orientation mais en l’adaptant à la personne. La rapidité n’est pas un facteur d’efficacité si elle ne s’accompagne pas d’une forme de gestion très personnalisée qui prend en compte la totalité de la question posée. Ainsi on dira en premier lieu que l’accès à l’emploi ne passe pas toujours par l’opportunité (à l’heure actuelle on peut se voir proposer un poste d’AVS sans qu’il soit tenu compte de capacités ou volontés des personnes, simplement parce que le marché est ouvert) mais aussi qu’il est conditionné par d’autres facteurs a priori exogènes comme l’âge des enfants et leur niveau de scolarisation, la garde de ceux-ci, la mobilité et les conditions physiques des personnes.

La question de l’accès à la culture pour tous est certainement celle dont nous pouvons à juste titre nous féliciter. La culture contribue de manière importante autant à l’épanouissement personnel qu’à la création et la protection du lien social. Profitons de cette occasion pour saluer l’accueil toujours très ouvert dans nos musées, bibliothèques, conservatoires ou médiathèques. Ces institutions réservent toujours un accueil de qualité aux publics les moins favorisés. De nombreux retours d’expériences en témoignent.

Concernant enfin la prise en compte des attentes des bénéficiaires : la demande de participation se veut de plus en plus forte, pourtant son effectivité peine toujours à émerger, notamment dans les politiques sociales. À nous d’imaginer les modalités de sa mise en œuvre. Nous connaissons les effets de la participation pour les personnes concernées, comme par exemple celui d’une traduction de l’action publique, c’est-à-dire le développement de l’usage d’un vocabulaire davantage accessible. Cette fiche action pourrait-elle se décliner de manière transversale dans toutes les politiques sociales de la Métropole ?

Nous pouvons d’ores et déjà remercier les agents de la Métropole pour leur engagement quotidien aux côtés de ces publics en souffrance, mais nous devons leur témoigner également notre soutien et notre confiance dans la mise en place de cette stratégie.

Aussi, en votant pour cette convention, nos trois groupes, André Gachet, EELV et nous socialistes, faisons le vœu qu’elle nous oblige à sortir des logiques purement pécuniaires pour faire le choix résolu de la prévention et de l’accompagnement, vecteurs d’une solidarité réelle que sont en droit d’exiger les plus démunis.

Je vous remercie.