Au Conseil

Intervention de Sandrine Runel lors de la Commission générale Eau pour un passage en régie publique

Retrouvez ci-dessous l’intervention complète de Sandrine Runel pour les groupes socialiste et PRG lors de la commission générale du lundi 4 novembre 2019.

Seul le prononcé fait foi


M. le président, chers collègues,

Enfin nous abordons cet enjeu crucial qu’est le choix du futur mode de gestion de l’eau potable pour notre territoire. Non pour l’entériner certes, mais pour permettre tant à la future assemblée qu’à nos concitoyens de faire un choix éclairé grâce aux travaux accomplis jusqu’à présent. Nous tenons d’abord à remercier les services comme certains de nos pairs ici présents pour tous les efforts fournis, et ce depuis 2012.

Je n’aborderai pas ici les aspects techniques, nous les avons déjà évoqués avec nos collègues du PRG dans notre contribution commune. Non, je souhaite mettre à profit cette opportunité pour insister sur l’aspect fondamental du choix objet de cette commission : le politique.

Car, au vu des travaux, c’est bien de ça dont il est question. Nous n’avons pas face à nous un simple choix administratif, nous n’avons pas simplement à décider quel formulaire tamponner et quel tampon utiliser. Non mes chers collègues, le choix qui sera fait est éminemment politique et concerne le bien le plus essentiel dont nous avons la chance de jouir : l’eau. L’eau qui nous compose, l’eau qui a permis la vie, l’eau sans quoi tout s’effondre, ou à tout le moins sans laquelle nous nous effondrons.

Là où certains voient une intarissable denrée, nous voyons un commun à protéger, à sanctuariser, et à travers ceci l’assurance de notre propre pérennité. Les documents de travail font état des menaces qui pèsent sur cette ressource : épuisement, pollutions connues ou à venir, réchauffement, vulnérabilité, etc. Multiples et multiformes, elles nous obligent à être stratège, à penser long terme ; en somme, à penser politique, dans la plus noble des acceptions de ce terme.

Plusieurs options sont sur la table : nouvelle DSP, mixité fonctionnelle, régie publique. Indéniablement, les travaux menés en 2012 ont permis une DSP beaucoup plus équilibrée, beaucoup plus sensée que ce qui se pratiquait auparavant. Mais l’eau doit payer l’eau, et uniquement l’eau.

Tout revenu dégagé doit invariablement servir à la pérennisation de cette essence de vie. En conséquence, une nouvelle DSP ne nous paraît pas souhaitable puisque contraire à la nature du bien dont nous parlons, antagoniste à celle d’une entreprise privée – n’y voyez évidemment aucun jugement d’ordre moral. Après tout, pour reprendre les mots de Milton Friedman, qu’on ne peut vraiment considérer comme un camarade, qu’est-ce qu’une entreprise si ce n’est un nœud de contrat destiné à maximiser les profits de ses actionnaires ? La recherche du profit est légitime, mais ne peut s’appliquer aux communs.

De surcroît, les travaux menés l’ont été pour permettre d’avancer dans la direction d’une régie publique d’un service public. Et comme il en est fait état, c’est aujourd’hui possible, si la volonté est là. Il ne faut évidemment pas nous précipiter dogmatiquement, au risque de détruire toute l’entreprise bâtie depuis sept ans et d’obérer un budget qui ne permettrait dès lors plus d’investir et répercuterait les coûts d’une mauvaise décision sur une population déjà en partie fragilisée par la fronde gouvernementale.

À ce titre, et pour nos deux groupes, la destination doit être la régie, mais sur le chemin peuvent se trouver des points d’étape, par exemple la mixité fonctionnelle, du moment qu’elle n’est qu’une escale temporaire sur la voie de la régie et inscrite dans une feuille de route plus large, plus visionnaire. L’eau est un commun dont la gestion ne peut être que commune.

Outre ce choix, reste un autre aspect, tout autant politique et tout aussi important : la question de la tarification sociale et environnementale. Quelle que soit la décision que prendra la prochaine assemblée, c’est un aspect qui devra être porté. Dans le cours des considérations précédentes, chacune et chacun doit avoir accès à un minimum vital et ce inconditionnellement. Ce minimum permet l’hydratation, l’alimentation, bien sûr, mais aussi l’hygiène ; autrement dit la santé, notre santé.

Pour ceci doit être mise en place une tarification à l’instar de ce qu’a fait Rennes, où les premiers 10 mètres cubes sont gratuits, et les suivants augmentant selon une échelle décidée par la collectivité. Dans cette mesure, en plus du social se trouve aussi l’environnemental. Les travaux de 2012, encore eux, ont permis de mettre un terme à la dégressivité du prix de l’eau, une aberration selon ce qu’on sait aujourd’hui de l’urgence climatique et quand on considère les nombreux conflits hydriques existants et à venir à travers le monde. Nous serions bien sots de penser que nous serons épargnés. Quel que soit ce prochain choix donc, instaurer la progressivité du prix de l’eau sera pour nous une obligation.

Mes chers collègues, voici pour les deux points que nous voulions mettre en exergue. La prochaine assemblée aura une lourde responsabilité. À l’heure où la mode est à parler transition, gageons qu’elle saura prendre la juste mesure de cette responsabilité et qu’elle ne se contentera pas d’un simple coup d’épée dans l’eau. Penser printemps oui, mais penser printemps 2050.

Je vous remercie.