Au Conseil

Intervention de Sandrine Runel sur le collège Maurice Scève au Conseil du 4 novembre 2019

Sandrine Runel, présidente du groupe socialiste, a profité du vote sur la délibération n° 2019-3865 (sur le dispositif d’aide à l’investissement des services et établissements associatifs recevant des jeunes confiés à l’aide sociale à l’enfance) pour interpeller le président sur d’autres jeunes en difficulté, ceux du squat du collège Maurice Scève. L’intervention a été faite au nom des groupes GRAM et Lyon Métropole Gauche Solidaires.

Seul le prononcé fait foi


Monsieur le Président,

À travers cette délibération nous souhaitions attirer votre attention sur d’autres jeunes en souffrance et qui demandent eux aussi une grande attention et un fort besoin de protection.

Vous l’avez compris, il s’agit des jeunes hébergés dans le squat de l’ancien collègue Maurice Scève, dont la population ne cesse d’augmenter et dont même les associations ne peuvent plus dire exactement combien ils sont.

Pour faire face à cette situation, et à l’augmentation constante d’arrivées dans le squat de l’ancien collège, des collectifs d’habitants se sont mobilisés pour accompagner et prendre en charge à la fois les jeunes mineurs étrangers mais aussi les publics qui se retrouvent à la rue sans solutions.

Cet été une décision encourageante venait à la fois reconnaître le travail extraordinaire que réalisent ces collectifs de bénévoles auprès des populations en difficultés mais de manière inédite approuver l’occupation d’un bâtiment public, faute de mieux.

Face à l’incapacité de notre système de faire face à l’arrivée de ces jeunes exilés, il est donc nécessaire d’agir et de proposer des solutions. S’il s’agit bien évidemment d’une compétence obligatoire pour notre collectivité, il s’agit avant tout d’un devoir de solidarité.

Comme le rappelle le collectif, légalement plus des deux tiers des habitants du squat devraient être pris en charge, par l’État ou la métropole, et bénéficier de différents dispositifs. 

La responsabilité qui incombe à notre métropole comme à l’État, est portée aujourd’hui par ces citoyens engagés.

Car en effet comme le dispose le Code de l’action sociale et des familles, ces mineurs doivent avoir, sur le territoire français, les mêmes droits qu’un jeune français en danger et être pris en charge par les services de protection de l’enfance. Mais face à une MEOMIE saturée et des équipes de professionnels débordés, la réalité est plus contrastée.

Quand on sait que 20% des places du secteur de l’ASE sont actuellement occupés par les MNA, il devient urgent de voir ouvrir les places d’hébergement et d’accueil de jour qui ont été votées et attribuées ces derniers mois aux différents partenaires associatifs.

Il s’agit en effet de garantir au quotidien les droits fondamentaux des enfants, d’assurer à tous les jeunes un parcours de formation leur permettant d’acquérir des compétences, de rendre les droits sociaux plus accessibles, plus équitables et d’investir pour l’accompagnement de tous vers l’emploi.

Nous tenons également à saluer l’effort financier qui a été réalisé par la métropole depuis 2018, et qui a permis l’ouverture prochaine avec plus de 50 millions d’euros fléchés sur 2019. Mais nous savons que ces efforts seront vains s’ils ne s’inscrivent pas dans la durée, aussi, il nous semble primordial de poursuivre cet accompagnement en 2020 et ainsi d’inscrire dès à présent une enveloppe financière pérenne et conséquente pour faire face à la prise en charge des jeunes entrants dans le dispositif et ceux qui demain, après des mois d’exil, frapperont à notre porte.

Car en effet, le réseau de citoyens engagés et militants qui interviennent sur le collège à côté des associations déléguées comme Forum Réfugiés ou FNDSA vous alertent depuis plusieurs semaines sur les difficultés qu’ils rencontrent et qui mettent parfois en danger la vie de ces jeunes.

Ils vous ont demandé à plusieurs reprises d’être entendus et reçus. Nous pensons qu’il est à la fois légitime et urgent de les recevoir.

À l’instar de ce qui s’est fait l’année dernière dans l’animation de groupe de travail sur la prise en charge des jeunes mineurs étrangers, et qui a débouché sur l’appel à projet « accueil de jour » et « hébergement », nous souhaiterions pouvoir réunir l’ensemble des acteurs de Maurice Scève.

Par ailleurs, nous souhaiterions connaître différents éléments concernant ce dispositif :

  • le calendrier prévisionnel de l’ouverture de ces places,
  • le nombre d’entrées de bénéficiaires dans le dispositif MNA en 2018 et 2019,
  • le nombre de jeunes ayant bénéficié d’un contrat jeunes majeurs par la suite,
  • le nombre de jeunes encore hébergés à l’hôtel,
  • le nombre de jeunes évalués.

Dans l’attente de l’ouverture de ces places, qui se fera de manière progressive, nous demandons que ces jeunes puissent continuer à occuper les lieux. Car même si cette solution n’est pas satisfaisante, elle a au moins le mérite d’exister et de constituer une mise à l’abri pour ces jeunes, ces hommes, ces femmes, dans une période, hivernale qui a débuté il y a à peine quelques jours et dont les principaux dispositifs de mise à l’abri sont déjà saturés : le 115 affiche complet comme la plupart des structures d’hébergement d’urgence.

Alors raccrochons nous aux paroles encourageantes des juges en rappelant que dans l’attente de solutions pérennes et devant « la qualité exemplaire de leur comportement », ce lieu de vie puisse continuer de remplir sa fonction d’accueil et de protection…

Faisons en sorte de devenir cette métropole accueillante et solidaire que nous sommes tant à appeler de nos vœux.

Enfin, et je ne cesserai de vous le rappeler, nous sommes inquiets des mesures qui devraient être présentées par le gouvernement mercredi prochain visant à limiter l’accès des étrangers à certains soins.

Je vous ai déjà fait part de mon indignation en septembre dernier. Vous ne pouvez pas engager notre métropole dans une stratégie de lutte contre la pauvreté et en même temps, laisser parler de tourisme médical quand on sait que l’AME correspond à 0,5% des dépenses de l’assurance maladie.