Au Conseil

Intervention de Sandrine Runel sur les subventions au Foyer Notre-Dame des Sans-Abri et l’ALPIL au Conseil du 29 janvier 2020

Retrouvez ci-dessous l’intervention complète de Sandrine Runel, présidente du groupe socialiste, sur les avenants à la convention triennale de subvention entre la Métropole de Lyon et l’association Foyer Notre-Dame des Sans-Abri (FNDSA) et à la convention annuelle de subvention entre la Métropole et l’association Action pour l’insertion par le logement (ALPIL) (délibération n° 2020-4193), lors du Conseil du mercredi 29 janvier 2020.

Seul le prononcé fait foi


M. le président, chers collègues,

Ce sera, comme pour beaucoup aujourd’hui, ma dernière prise de parole. Aussi, je voudrais prendre quelques minutes, comme je l’ai fait en commission développement solidaire et action sociale, pour saluer l’ensemble des élus avec lesquels j’ai eu l’occasion de travailler, de discuter, et de construire la solidarité au sein de cette métropole.

Je ne vais citer personne, si ce n’est les services, bien sûr, qui ont su mettre en œuvre dans cette nouvelle métropole leur savoir-faire issu du département.

Pour revenir à cette délibération, elle a essentiellement deux objets : financer les actions de la fin 2019 du Foyer Notre-Dame des Sans-Abri et de l’ALPIL à destination des habitants de l’ex-collège Maurice-Scève d’une part, et financer le lieu ouvert dans le collège André Lassagne de Caluire d’autre part.

S’agissant du premier point, en novembre dernier déjà, dans une intervention commune avec Lyon Métropole Gauche Solidaire et le GRAM, je vous suggérais à poursuivre cet accompagnement en 2020 et ainsi d’inscrire dès lors une enveloppe financière pérenne et conséquente pour faire face à la prise en charge des jeunes entrants dans le dispositif et ceux qui demain, après des mois d’exil, frapperont à notre porte.

Il a fallu attendre aujourd’hui pour que vous reconnaissiez, par cette délibération, le besoin de financement et d’accompagnement de ce lieu et des associations qui au quotidien y sont investies. Or, comme vous êtes le premier à le savoir, le juge a décidé le 24 septembre dernier de repousser votre demande d’exclusion à un an. Et là le compte n’y est pas.

Puisque l’on sait que ces jeunes seront là pour encore des mois, que pour leur permettre de survivre, comme pour permettre aux associations de faire de cet endroit un lieu – autant que faire se peut – agréable pour ses habitants, comme pour les riverains alentours, pourquoi ne pas avoir anticipé ?

Alors, ce complément versé au FNDSA et à l’ALPIL est une bonne nouvelle, mais peut-être la suite immédiate aurait-elle dû être anticipée puisque déjà en novembre le réseau de citoyens engagés et militants qui interviennent sur le collège à côté des associations déléguées comme Forum Réfugiés ou FNDSA vous alertaient sur les difficultés qu’ils rencontrent et qui mettent parfois en danger la vie de ces jeunes.

Sur l’autre point, nous ne pouvons que saluer l’action de la Métropole, du moins dans l’esprit, qui a permis l’ouverture de ce lieu d’accueil inconditionnel pour des femmes isolées enceintes et des jeunes enfants. 45 femmes isolées et 65 jeunes enfants en situation de précarité ont évité le pire grâce à ceci.

Notre collectivité a donc parcouru du chemin depuis sa création. L’article L116-1 du Code de l’action sociale et des familles précise que l’action sociale doit tendre à « Promouvoir l’autonomie et la protection des personnes, la cohésion sociale, l’exercice de la citoyenneté, prévenir les exclusions et en corriger les effets ».

En effet, l’obligation qui nous est faite depuis la loi du 2 janvier 2002 de présenter un schéma d’organisation sociale et médicosociale s’est concrétisée au sein de notre collectivité par le travail d’élaboration d’un projet métropolitain des solidarités. Un projet d’envergure développant une approche transversale de l’action sociale.

Allier l’urbain et l’humain, voici quel était donc le leitmotiv de cette nouvelle institution. D’un côté, il était question du manque de culture du social au sein de la communauté urbaine et de la nécessité de parvenir rapidement à une culture commune. De l’autre, il était, et il est, question de l’association de ces deux approches, et de leur inéluctable complémentarité.

Si le Grand Lyon cultivait cette image de bâtisseur, il n’en demeure pas moins que la Métropole se veut – pardon, se doit –, être un entrepreneur social.

Répondre aux enjeux de la transversalité, de la prise en compte de chacun, c’était bien l’objet du rapport 2019-3466 avec le vote d’une convention triennale à destination d’un partenaire important pour la Métropole, le Foyer Notre-Dame des Sans-Abri.

En contribuant, de par leurs actions quotidiennes d’intervention sociale, à la politique de solidarité de la Métropole, les associations participent au « vivre ensemble » tout en favorisant l’émancipation des personnes.

La transversalité est au cœur de leur approche : accompagner vers le logement, vers l’emploi, aider les familles en difficultés, innover par la mise en place d’expérimentation comme ce lieu d’accueil spécialisé d’orientation, d’insertion et d’enfance : LA SOIE.

En soutenant ces projets, la Métropole accorde sa confiance. Être plus proche des citoyens c’est aussi mettre en synergie les actions des partenaires sur le terrain.

Au regard du contexte actuel, avec une hausse continue du nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté et plus de 2,5 millions de foyers allocataires du RSA, la précarité n’est pas un phénomène de circonstance, elle est devenue une composante de notre société, renforcée par les coups incessants du gouvernement contre notre système de solidarités.

Aussi, si les dépenses de solidarité assuraient un filet de sécurité à l’ensemble des citoyens – c’est malheureusement de moins en moins le cas –, nous ne pouvons nous satisfaire de seulement intervenir une fois la précarité installée : la perte d’un emploi, les dettes accumulées, l’expulsion du logement imminente, le placement prononcé, …

C’est aussi là l’enjeu de cette métropole. Renforcer les actions de prévention et maintenir un accompagnement renforcé pour les plus en difficultés. Le travail social a pour but, quelles que soient les fonctions exercées, de « faire société avec ceux qui ont des difficultés et aider l’autre à exister ».

Le futur de cette collectivité doit s’inscrire dans une démarche d’innovation sociale, et c’est dans cette démarche même que nous souhaitons nous inscrire, pour faire en sorte que ces différentes politiques publiques se rapprochent au plus près des besoins réels et individuels de la personne, et pour vraiment allier l’urbain et l’humain.

Voilà en quelques mots les éléments qui participent de notre vision, et au moment même où nous observons un recul des valeurs de solidarité et du consentement au coût de celle-ci, le groupe Socialistes & Apparentés s’y tiendra et votera ce rapport.