Jean-Michel Longueval en introduction du Conseil du 14 mars 2022

Jean-Michel Longueval en introduction du Conseil du 14 mars 2022

En ouverture du conseil de la Métropole, Jean-Michel Longueval s’est exprimé pour le groupe sur les crises que notre époque traverse : pandémie, guerre en Ukraine, dérèglement climatique. Sans verser dans les invectives et les petites formules, comme d’autres groupes politiques, son intervention nous rappelle que nous devons préparer dès aujourd’hui les crises de demain.

Seul le prononcé fait foi


Monsieur le président, chers collègues,

Alors que nous pensions enfin sortir du tunnel de la pandémie et retrouver un semblant de normalité, l’invasion russe de l’Ukraine vient annihiler tout espoir de cet ordre, au moins à court terme.

En 2020 nous parlions après le confinement d’un nouveau monde, espérant un nouveau paradigme empreint de coopération et de jours heureux. Les confinements qui ont suivi et les terribles conséquences sociales de cette crise ont eu vite fait d’enterrer cet espoir et de remiser cette expression au placard.

Mais peut-être nous sommes-nous simplement trompés sur ce que serait ce nouveau monde, peut-être est-il bien là mais qu’au lieu du temps des cerises nous sommes désormais à l’ère des crises.

La pandémie n’a selon toute vraisemblance toujours pas dit son dernier mot, entre reprise de la hausse des contaminations en Europe et nouveau confinement décidé en Chine, qui plus est dans une ville centrale dans le commerce mondial.

Nous connaissions déjà de nombreuses pénuries ou difficultés d’approvisionnement en matières premières et produits manufacturés, voilà désormais avec la guerre poindre un risque de crise alimentaire mondiale majeure, l’Ukraine et la Russie représentant à elles seules 20% des exportations mondiales de blé.

Bref, nous sommes à l’orée d’une succession de crises dont nous ne connaissons ni l’ampleur ni la durée ni le nombre. L’ordre international établi en 1945 après la Seconde guerre mondiale paraît de moins en moins capable de répondre aux enjeux d’aujourd’hui, en plus d’être contesté – voire ignoré – par un nombre croissant d’États.

L’Europe, trop longtemps attentiste, s’est complu dans un faux espoir d’interdépendances facteurs de paix qui lui coûte aujourd’hui beaucoup et certainement plus encore demain. L’autonomie – à ne pas confondre avec l’autarcie – devient un préalable à toute stabilité future de notre continent.

Car ne perdons pas de vue que, non seulement nous n’avons pour le moment aucune idée de la durée de la guerre en Ukraine et de ses conséquences, mais surtout que le changement climatique amènera des crises bien plus graves, bien plus vastes que celles que nous connaissons aujourd’hui.

L’ONU parle de l’exil ukrainien vers ses voisins européens comme étant l’une des crises migratoires les plus brutales et majeures depuis 1945, puisque ce sont 2,5 millions de personnes, chacune avec une vie, des rêves, des espoirs, qui ont été forcées de prendre la route en seulement trois semaines.

À côté les scientifiques nous alertent depuis des décennies sur les crises migratoires qu’engendreront les crises climatiques : ce ne seront pas 1 ou 2 ou 5 millions de réfugiés que le monde aura à accueillir, mais des dizaines sinon des centaines qui seront contraintes à se déplacer.

Cette ère des crises nous oblige donc à changer de logiciel et à redoubler d’efforts pour nous adapter. Et l’État comme l’Union européenne ne pourront faire tout ça seuls : la mobilisation doit être générale et passer aussi par les collectivités.

Nous devons nous préparer non seulement aux crises d’aujourd’hui mais aussi à celles de demain. Nous savons par exemple que la pénurie de logements à venir, qui risque d’entraîner une explosion du sans-abrisme dès 2024. Pour contrer ceci, les maires doivent jouer leur rôle et délivrer les permis de construire nécessaires pour que nous parvenions à bâtir suffisamment pour héberger nos concitoyens.

Mais exposés que nous serons aux canicules à répétition, nous devons aussi préparer la ville à ce que sera la vie demain, et la rafraîchir, autant que possible. Comme nous devons dès à présent gérer nos ressources en eau afin que nous n’en perdions plus une goutte.

Les déplacements doivent aussi être réinventés. C’est ce que nous avons commencé à faire, mais nous devons aller plus forts et plus loin. Nous ne pouvons renoncer à une planification de très long terme comme nous ne pouvons nous contenter comme la droite l’aimerait d’un maintien du statu quo de la voiture individuelle. Nous devons nous adapter et nous devons changer.

Notre économie doit enfin être revue. Le capitalisme rentier et dérégulé de ces 40 dernières années a montré toute l’étendue de ses limites, c’est le sens de la Charte des 1 000. D’une logique d’emploi nous devons repasser à une logique de travail, et donc pour cela former, former, former et justement rémunérer.

Cela pose la question de l’implantation des entreprises sur nos territoires et donc celle de la multipolarité, et aussi de la coopération avec les territoires voisins, à l’instar du Fonds d’amorçage industriel avec Saint-Étienne Métropole. Et je pourrais encore évoquer le redéploiement productif, la prise en compte de la RSE, les entreprises à impact, les filières répondant aux besoins du territoire dans une logique de complémentarité et de coopération, le soutien aux entreprises en difficultés, etcetera, etcetera.

Tout n’est pas parfait non, et une vigilance accrue doit être portée sur l’écoute de tous les acteurs qui font notre Métropole — citoyens, communes, associations, entreprises —, mais, je le crois, nous sommes sur la bonne voie.

Je vous remercie.