Jean-Michel Longueval sur la réforme de l’assurance chômage

Jean-Michel Longueval sur la réforme de l’assurance chômage

Suite au décret du 30 mars 2021, le second volet de la réforme de l’assurance chômage doit entrer en vigueur au 1er juillet. En attendant la décision du Conseil d’État, élus et syndicats restent mobilisés. Jean-Michel Longueval est intervenu sur ce sujet en introduction du Conseil du 21 juin.

Seul le prononcé fait foi


Monsieur le président, chers collègues,

Voici presque un an que nous avons été élus. Avant de rentrer dans le fond de mon propos, je souhaite adresser une pensée à toutes les victimes de la pandémie et leurs proches. 111 000 de nos concitoyens sont décédés à ce jour du Covid et nous avons désormais la responsabilité de tout faire pour éviter que ça ne se reproduise.

Je souhaite aussi adresser une pensée et des remerciements, au nom du groupe socialiste, à tous les personnels soignants, mobilisés sans relâche, à tous les travailleurs et à tous les agents publics qui ont permis au pays de continuer à fonctionner.

Enfin, en tant que vice-président à l’ESR, j’ai naturellement une pensée pour tous les étudiants, enseignants, chercheurs et personnels de l’enseignement supérieur qui eux non plus n’auront pas été épargnés.

La crise sanitaire – croisons les doigts et restons prudents – se termine et la vie reprend. Mais derrière elle se profilent d’autres crises probables, à commencer par une crise économique et sociale que nous devons anticiper.

Et un facteur en particulier risque dès le 1er juillet d’en accélérer le mouvement. Ce facteur n’est pas exogène, ce facteur n’est pas subi ; non ce facteur est décidé et voulu politiquement. Il s’agit du second volet de la réforme de l’assurance chômage défendue par le gouvernement.

Nous attendons encore aujourd’hui la décision du Conseil d’État, et je ne peux qu’espérer qu’il donnera raison aux syndicats, comme il l’a fait en novembre dernier.

Voici deux ans que syndicats et élus de gauche combattent cette réforme, qualifiable d’inique, censée lutter contre les contrats courts et le précariat mais venant dans les faits saper un peu plus les fondements de notre solidarité. Cette réforme in fine ne tapera une fois encore que sur les chômeurs, sur ceux de nos concitoyens privés d’emploi.

Selon les chiffres de l’Unedic, elle amputera les droits d’indemnisation de 1,15 millions d’assurés. La France compterait aujourd’hui 10 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté. C’est là que devrait être la priorité politique, pas d’en créer 1 million supplémentaire.

Car ce nouveau mode de calcul entrainerait une baisse moyenne de 17% des allocations sur la seule première année, et jusqu’à 40% pour les 400 000 personnes les plus précaires. En outre, et on sait que la jeunesse a particulièrement souffert de la pandémie, 345 000 nouveaux demandeurs d’emploi de moins de 25 ans seront affectés !

Pour le Rhône, 31 263 personnes verraient leurs allocations pénalisées, 8 741 jeunes seraient affectés, et 12 777 demandeurs subiraient un retard dans leur indemnisation.

Alors que le nouveau président américain a fait l’une de ses priorités la syndicalisation des travailleurs outre-Atlantique avec son PRO Act, on aurait pu espérer que la majorité présidentielle change de braquet et remise au placard ses vieilles recettes. Comme Joe Biden l’a pointé, « nous avons besoin de générer une nouvelle vague de pouvoir salarié pour créer une économie qui fonctionne pour tout le monde ».

Comme le montre le compte administratif 2020 que nous étudierons plus tard, la crise a déjà généré une hausse de 4 000 bénéficiaires du RSA, générant un besoin de financement supplémentaire de 37 millions d’euros. Avec cette réforme, combien de personne en plus devront se tourner vers ces minimas sociaux qui ne suffisent pas à garantir dignité et confiance dans l’avenir ?

Face à ça donc, je me réjouis de ce que nous avons déjà accompli depuis un an.

Entre la PPI qui met l’accent sur la production de logements sociaux, l’encadrement des loyers, le bail réel solidaire, le revenu de solidarité jeunes, le renforcement de Territoire Zéro chômeurs, le plan Métropole hospitalière, le soutien à la culture, la lutte contre la précarité étudiante, les tarifs sociaux pour les transports, et j’en passe, notre majorité plurielle a pris à bras le corps les problèmes qui se dressent face à nous. Et nous continuerons dans cette lancée, et nous renforcerons notre action à la rentrée.

Tout ceci sans citer, mais sans omettre bien sûr, les politiques environnementales mises en œuvre pour lutter contre les effets du changement climatique et dont on sait qu’ils touchent d’abord les populations précaires.

La France aujourd’hui ne peut faire l’économie d’aucune solidarité et je me félicite de ce que les collectivités de gauche mettent en œuvre pour la renforcer.

Monsieur le président, le groupe Socialistes, la gauche sociale et écologique & Apparentés continuera de vous appuyer et de vous soutenir dans la direction qui est la nôtre, pour faire de ce mandat un succès collectif.

Je vous remercie.