Anne Reveyrand sur la régie publique de l’eau

Anne Reveyrand sur la régie publique de l’eau

L’eau est un bien commun vital. Le 15 décembre, la majorité métropolitaine a voté en faveur d’un passage en régie publique de l’eau comme elle s’y était engagée pendant la campagne. Retrouvez ci-dessous l’intervention d’Anne Reveyrand à ce sujet.

Seul le prononcé fait foi


Monsieur le Président, chers collègues,

Une régie publique de l’eau : « à quoi bon ? » diront certains. Nombre d’entre vous s’accordent pour dire « Pourquoi pas ? ».
Des interrogations mais finalement peu de réelles oppositions.

Les motivations de ce passage en régie publique de l’eau sont multiples et de la Gauche à la Droite, chacun y trouve ses arguments. Des agglomérations de gauche comme de droite ont fait le choix d’un tel retour en régie publique. Nous en avons auditionnées de tous bords.

À quoi bon ? car la forme juridique d’une délégation de service public permet de définir, comme de contrôler bon nombre de choses, le taux de rendement du réseau avait été amélioré et les tarifs de l’eau avaient été contenus dans les dernières années.

Pourquoi pas ? car l’exemple de collectivités importantes (Paris, Nice…) nous a montré l’intérêt de se passer d’une marchandisation de l’eau difficilement entendable aujourd’hui.

Pour nous, Socialistes et apparentés, membres de la majorité politique de notre Métropole, nous la souhaitions fermement puisque cette proposition était déjà défendue par les groupes Socialistes & Apparentés et La Métropole Autrement en 2019, avant d’être intégrée dans notre programme électoral du premier tour.

« Un grand défi social indissociable d’une conception écologiste », avait d’ailleurs dit Renaud Payre en février 2020. Certes avec une tarification sociale de l’eau – nous allions jusqu’aux 10 premiers m3 gratuits -, des bornes fontaines d’accès libre maillant le territoire et des bains-douches pour les plus démunis et les sans-abris qui avec la propreté corporelle peuvent retrouver une estime d’eux-mêmes, une certaine dignité face aux autres.

Des m3 plus chers pour de gros consommateurs, incités par là-même à faire des économies de ressource, tout en tenant compte des besoins spécifiques de consommateurs publics importants comme les hôpitaux. Ceux-là comme d’autres devront être accompagnés pour réduire leur consommation, comme ils ont travaillé, il y a quelques années leurs consommations d’énergie, devenue une ressource coûteuse.

Il s’agit justement de redonner valeur à cette ressource qui semble inépuisable et naturelle mais qui pourtant, d’une part, tend à se raréfier et, d’autre part, requiert des process multiples avant consommation, au-delà de la captation qui demande, elle, une attention toute particulière : diversification, protection et préservation des lieux de captation.

Les usagers dans leur diversité auront tout intérêt à mieux la consommer.
Un deuxième point majeur guide notre adhésion à ce choix.

Personne ne pourra nier que la logique d’un groupe privé suppose automatiquement une recherche de bénéfices. Cette marge peut nourrir le budget d’une régie pour des objectifs plus ambitieux de réduction des fuites, par la rénovation des 4 000 kilomètres de réseau, notamment.

Par ailleurs, la régie publique offre la possibilité d’une connaissance précise des coûts. En effet certaines des activités d’Eau du Grand Lyon sont assurées par Véolia, pour des raisons d’expertise, sans doute. Mais ce montage permet de transférer des profits à la maison-mère. Ces coûts de transfert ne sont pas inclus dans les dividendes. Et ces derniers s’élevaient déjà à 8 et 4 millions d’euros en 2015 et 2016.

Encore une fois, la reprise en régie publique de l’eau potable n’est pas nécessairement associée à une diminution du prix pour le consommateur. Ce n’est pas le principe du moindre coût qui nous guide mais celui du partage des ressources dégagées par les gains de productivité au bénéfice de la collectivité. D’ailleurs loin de nous l’idée de créer une régie publique de l’eau qui ne maintienne salaires et droits du personnel de l’entreprise Eau du Grand Lyon actuellement délégataire.

Ensuite, pour une transparence de gestion qui implique une nouvelle gouvernance, nous, Socialistes et Apparentés, avions imaginé un Comité de l’eau constitué d’élus de la majorité comme de l’opposition, d’usagers, d’associations, de syndicats, de chercheurs. Les possibilités du Conseil d’administration qu’offre une régie à autonomie financière et personnalité morale répondent à nos attentes, permettant d’associer ces différentes parties.

Enfin, pour avoir été partie prenante du groupe de travail qui a abouti au rapport qui vous est présenté aujourd’hui, je peux dire qu’aucun d’entre nous, élus, n’était un spécialiste de l’eau. La démarche nous a permis à tous une appropriation réelle du sujet pour conduire une réflexion éclairée en vue d’une gestion publique performante de l’eau.

Nous sortons de cent cinquante ans d’accès aisé aux ressources naturelles disponibles à profusion. Après des années d’indifférence, notre Métropole entend aujourd’hui se réapproprier le pilotage de la production des 245 000 m3 d’eau potable nécessaires au 1, 2 million habitants du Grand Lyon. Est-ce à blâmer ?

Le groupe Socialistes, la gauche sociale et écologique & Apparentés votera bien évidemment ce rapport.
Je vous remercie de votre attention.