Sandrine Runel sur l’encadrement des loyers

Sandrine Runel sur l’encadrement des loyers

Engagement de campagne du 1er tour, le Conseil de la Métropole a validé lors du Conseil du 5 octobre l’expérimentation du dispositif d’encadrement des loyers. Sandrine Runel est intervenue pour le groupe socialiste.

Seul le prononcé fait foi


Je vous remercie monsieur le Président.

Chers collègues, depuis des années, l’écart entre l’offre et la demande de logements accessible aux ménages les plus modestes se creuse. On n’a jamais autant construit mais les plus démunis rencontrent aujourd’hui les plus grandes difficultés à se loger, des logements indignes qu’on pensait relever d’une autre époque se louent une fortune.

Selon l’INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques), nous avons battu des records historiques. Jamais la part du loyer n’a été aussi lourde dans le budget des ménages. Les aides au logement qui restent un outil efficace de redistribution n’ont pas suivi la progression des loyers et des charges.

Déjà en 2004, la fondation Abbé Pierre dénonçait une crise du logement sans précédent. Aujourd’hui, la politique en faveur du logement des défavorisés est menacée par l’absence d’engagement politique fort du Gouvernement.

Pourtant, cette politique qui représente en quelque sorte un filet de sécurité pour les plus faibles, constitue avec le développement d’une offre de logements accessibles, une condition essentielle à la mise en œuvre effective du droit au logement.

Plus de 15 ans après et malgré une intense activité législative, le logement n’est pas un droit effectif. Ces dernières années, nous avons assisté au renforcement des mécanismes de ségrégation et d’exclusion, du fait notamment de la baisse des APL (aide personnalisée au logement) et de la dérégulation du secteur du financement du logement.

Aujourd’hui, l’explosion du coût des loyers et des charges dans les grandes agglomérations dont notre Métropole, contraint certaines familles à s’installer en périphérie des villes, parfois très loin de leur lieu de travail et dans des quartiers ne disposant pas de services de proximité. Si le prix du loyer est un facteur d’orientation vers certains quartiers et entraîne un risque de ghettoïsation, il constitue et engendre par ailleurs un frein à l’insertion sociale et professionnelle.

C’est forte de ces constats, que nous sommes nombreux à partager et depuis longtemps, que la Métropole de Lyon, fidèle à ses engagements de campagne, a décidé de se saisir de ce dispositif d’encadrement des loyers suivant le pas à d’autres villes de gauche comme Lille ou Paris. L’encadrement des loyers offre aux politiques publiques une marge de manœuvre pour contribuer au développement d’une offre de logements locatifs avec des loyers accessibles.

Il apparaît illusoire de penser que la crise du logement peut se résoudre uniquement par la construction de nouveaux logements sociaux. L’augmentation du parc de logements, en particulier public, est impérative mais elle s’avère insuffisante pour répondre à l’ensemble des besoins de la population.

Garantir le droit au logement pour tous implique une intervention globale.

L’encadrement des loyers doit donc s’inscrire dans une stratégie de solidarité nationale car nous avons besoin de ce dispositif partout pour garantir des logements abordables pour tous et favoriser mixité sociale et attractivité. L’encadrement des loyers, n’en déplaise à certains, permet de rapprocher les loyers des capacités financières réelles des habitants tout en préservant la rentabilité des investisseurs.

L’enjeu de l’encadrement des loyers dans les secteurs en tension est primordial pour les ménages aux revenus les plus modestes et notamment les locataires du parc privé car, contrairement aux idées reçues, le parc privé accueille la majorité des ménages propriétaires et locataires les plus modestes.

Le fait d’habiter dans un logement convenable est déterminant dans tout processus d’insertion, il est essentiel à l’exercice d’une citoyenneté pour recouvrer sa dignité. La ville est un creuset de populations, un territoire dans lequel on côtoie l’autre, c’est un milieu privilégié d’intégration et de démocratie.

Alors oui, il nous faudra observer, évaluer, réajuster car l’encadrement des loyers ne règlera pas tout mais s’engager dans cette démarche amorce une réponse aux alertes incessantes exprimées depuis plus de 20 ans sur la déconnexion entre offre et demande, entre aide personnelle et taux d’effort, entre vivre et survivre.

Ne nous privons pas de redonner du sens à ce qu’est la mixité sociale. Ne nous privons pas de redonner du sens à ce qu’elle apporte quand elle fonctionne. Nous devons faire face à la véritable nouvelle crise du logement qui touche notre société.

Aucun des acteurs pris séparément ne peut y répondre. Nous devons faire en sorte que l’hébergement ne devienne pas le logement des pauvres.

Je me permettrai, monsieur le Président, de déborder quelques minutes pour vous soumettre de prendre position officiellement contre les propos tenus par Éric Zemmour à l’encontre de jeunes adolescents qui ont souvent vécu le pire avant d’arriver dans ce qu’ils espéraient être le meilleur. Car rappelons à monsieur Zemmour que les voleurs, les violeurs et les assassins, ce sont les passeurs, ce sont les milices libyennes qui achètent et vendent des gamins et des gamines pour leur infliger des traitements inhumains.

Rappelons que ce qui est le plus coûteux, ce n’est pas pour nous le fait d’accueillir mais pour eux de quitter leur pays. Nous avons été quelques-uns et quelques-unes encore présents dans cette assemblée à nous mobiliser déjà sur les bancs du Conseil général et je sais que Béatrice Vessiller se reconnaîtra.

Depuis bientôt trois ans, notre Métropole a ouvert ses portes sous l’impulsion de David Kimelfeld, dont je salue le courage et l’humanisme, et Murielle Laurent, Vice-Présidente à l’action sociale. Notre Métropole, à travers le lancement d’appel à projets, a permis d’augmenter la capacité d’accueil et d’hébergement pour ces jeunes mineurs dont notre collectivité a la responsabilité.

Alors malgré les brouhahas de certains, je sais vos valeurs républicaines, monsieur le Président je vous demande ainsi de vous associer à notre tour aux initiatives des Présidents des Conseils départementaux de gauche pour porter plainte contre Éric Zemmour pour ses propos haineux et infondés, pour que notre pays soit enfin à la hauteur de son devoir d’humanité. Je vous remercie.