Sandrine Runel – Intervention préalable au Conseil municipal

Sandrine Runel – Intervention préalable au Conseil municipal

« Je m’inquiète d’une forte radicalisation du débat politique, notamment à droite »

Sandrine Runel

Seul le prononcé fait foi


Monsieur le Maire,

Chers collègues,

Depuis le dernier Conseil municipal, l’actualité a été chargée.

A l’approche des prochaines échéances électorales, on peut sentir monter la pression au sein de la classe politique. Les enjeux sont immenses bien sûr, mais quel que soit les idées défendues, le débat politique doit rester digne.

Nous ne pouvons accepter que tout soit dit. Et surtout n’importe quoi.

Notre groupe a déjà dénoncé les propos aussi heurtants qu’indignes du conseiller municipal Etienne Blanc au sujet de la responsabilité du régime de Vichy et je tiens à saluer ici les élus du groupe Droite, Centre et indépendants qui s’en sont désolidarisés, restant ainsi à nos yeux, même si, surement, cela leur importe guère, de vrais Républicains.

Au-delà de ce qui a animé notre microcosme local pendant quelques jours, je tenais également à partager mon inquiétude face à la radicalisation du débat politique.

Nous ne pouvons, et nous ne devons pas accepter que le discours politique s’abîme dans une radicalité crasse, mêlant la xénophobie, l’homophobie ou le sexisme.

L’instigateur de cette haine, érigée en idéologie politique se gargarise de l’effroi que ses propos provoquent. Pourtant la politique n’est pas qu’une simple joute verbale alimentée de propos outranciers.

Nous sommes au-devant d’une campagne électorale ou les sortants font sciemment l’impasse sur leur bilan. Et on les comprend tant ce bilan, à le regarder de près, en dit long.

Il est celui d’un gouvernement qui a arrêté de combattre les inégalités, qui a fait le choix résolu de concentrer ses efforts vers ceux qui vont bien, trop bien.

Il est celui d’un gouvernement qui laisse se construire une France à deux vitesses, qui laisse grandir les écarts entre les quartiers favorisés et les quartiers populaires.

Nous vivons depuis la crise migratoire de 2015 une mutation profonde et fondamentale dans nos approches. 

Nous le savons, notre territoire est en grande tension et rencontre un défi sans précédent pour assurer l’accueil des femmes, hommes et enfants en situation d’exil.

Malgré toute la mobilisation, des moyens engagés, nous savons aujourd’hui qu’aucune collectivité, associations, citoyens, services de l’Etat, ne pourra répondra seule à ces situations et aux demandes qui en découlent. 

Pour autant, et comme le disait si bien Michel Rocard, « chacun doit y prendre sa part ». 

Et de poursuivre : Que nous ne puissions à nous seuls prendre en charge la totalité de la misère mondiale ne nous dispense nullement de devoir la soulager autant qu’il nous est possible.

L’accueil et l’intégration constitue donc un droit que nous nous devons d’assurer à toutes celles et ceux qui risquent leur vie pour en offrir une meilleure à leurs enfants.

Leur droit, c’est notre devoir. 

Et nous, Monsieur le Maire, mes chers collègues maires d’arrondissement, nous n’avons pas failli à notre devoir.

En outre passant nos compétences, en se mobilisant comme le font les élus d’arrondissement, en faisant preuve de bienveillance à l’égard des familles, des jeunes, isolés et à la rue, nous dessinons les contours d’une ville solidaire et inclusive.

Car cette politique d’accueil, de mise à l’abri, ne peut être abordée uniquement par le prisme des compétences de chaque niveau de collectivité, sous peine de ne pas répondre à l’enjeu majeur : un traitement digne des personnes.

Ne pensez pas, mes chers collègues, que je cherche à criminaliser toutes les opinions différentes des miennes, car la politique est bien la confrontation des idées, pour autant, toutes les idées n’ont pas leur place dans un débat démocratique et républicain.

Avec l’arrivée du froid, l’urgence de ceux qui vivent sans rien et particulièrement sans toit, se fait chaque jour plus pressante. Nous le voyons dans le nombre de demandes et de signalement que nous recevons chaque semaine et nous le voyons aussi lorsque nous arpentons les rues de notre Ville.

Face à cette situation dramatique la Ville de Lyon a fait un choix et agit comme jamais auparavant, pour répondre à cette détresse, au maximum de demandes et permettre ainsi à ceux qui démunis face à cette situation se tourne vers la République.

C’est dans ce sens que notre majorité s’est engagée à ce qu’aucun enfant ne dorme à la rue cette hiver. Un engagement, je dois le dire, qui relève de l’évidence, qui relève de la dignité et la solidarité la plus élémentaire.

Pourtant nous voyons au quotidien les difficultés pour faire de cet engagement une réalité.

Nous ne ménageons pas nos efforts et les services de la Ville et du CCAS sont tendus tout entier vers cet objectif.

Mais alors que la crise sanitaire a laissé des stigmates indélébiles dans notre société et propulsé beaucoup de personnes fragiles dans la pauvreté, la mobilisation de tous est une nécessité.  Tous les acteurs doivent se mobiliser pour répondre à l’urgence.

Je suis donc heurtée, comme nous le devrions tous, quand j’entends cette surenchère de propositions affaiblissant notre État de droit, par une islamophobie à peine dissimulée.

Toutes et tous ici, connaissons la force du discours. Nous savons que ce ne sont pas que des mots, le discours est performatif et il est de la responsabilité de chacun de peser ses paroles avec attention.

Traiter ceux qui fuient la misère de « violeurs » et « voleurs », sans distinction, sans nuance, est un acte d’une extrême gravité.

A ma grande tristesse, je constate que dans la bataille des idées politiques, une partie de la droite républicaine s’est elle-même avilie, n’hésitant plus désormais à parler de grand remplacement ou à postuler d’une soi-disante insolubilité de l’islam dans la République et à pointer son doigt accusateur vers ceux qui célèbrent la différence plutôt que de la condamner.

Au-delà de l’abject, je vous pose la question, en quoi cela vient apporter des solutions à l’amélioration des conditions  de vie des lyonnaises et des lyonnais ?

Il n’y a dans ses propos aucun début de réponses aux fins de mois difficiles, aux pouvoir d’achat, à la capacité de tout un chacun à payer ses factures de chauffage, son loyer, à remplir son frigo.

Car à y regarder de plus près crise migratoire, crise écologique, crise sociale appellent des réponses globales et complexes qui doivent permettre de ne pas créer une société à deux vitesses.

Les impacts du dérèglement climatique se traduisent plus durement chez les plus fragiles, les plus modestes d’entre nous qui craignent d’être une nouvelle fois exclus, d’être les victimes, les perdants face à l’indispensable changement de notre modèle de société

Lyon doit être au rendez-vous, Lyon doit apporter les réponses à l’urgence climatique et sociale, devenir cette ville ambitieuse solidaire qui préparent les transitions pour tous.

Nous le pouvons car beaucoup de leviers d’actions sont entre les mains des élus locaux : logement, mobilité, gestion des déchets, éducation, circuit court, économie sociale et solidaire, culture, soutien aux associations, …

Lyon doit être cette ville du modèle de développement au service de toutes et tous,  par la redistribution et l’investissement dans les transitions.

La Ville de Lyon à elle seule ne pourra pas enrayer le réchauffement de la planète, mais elle doit faire sa part et se montrer exemplaire. Nous avons fait de Lyon, dans notre Plan de mandat, la « capitale de l’écologie », il nous appartient désormais de faire de cette déclaration une réalité.

Nous parlons beaucoup de ce que nous voulons transmettre aux générations futures, de l’état de la planète dans lequel ils vont vivre, parlons aujourd’hui de ce que nous ne voulons pas leur transmettre, un monde dicté par la peur de l’autre, la peur de l’étranger, la peur issue d’un récit fantasmatique portée par certains de nos opposants du déclin de Lyon face à l’attractivité d’hier.

Il y a quelques mois nous déclarions dans cette même assemblée l’urgence climatique.

Alors oui il y a urgence à agir, et c’est ce à quoi nous nous attelons chaque jour sur notre territoire.

Alors Monsieur le Maire, mes chers collègues, je sais que nous en sommes collectivement capables, rajoutons sur nos épaules, qui portent déjà comme responsabilité celle du dernier mandat pour le climat, celle nouvelle mais non moins fondamentale, du dernier mandat pour les droits sociaux/fondamentaux.  

Je vous remercie.