Renaud Payre sur le programme métropolitain d’insertion pour l’emploi 2022-2026

Renaud Payre sur le programme métropolitain d’insertion pour l’emploi 2022-2026

Élaboré en concertation avec les acteurs concernés durant toute l’année 2021, le nouveau programme métropolitain d’insertion pour l’emploi définit 5 grandes priorités pour la période 2022-2026, dont la lutte contre l’exclusion et l’amélioration de l’accès aux droits. Renaud Payre est intervenu pour le groupe.

Seul le prononcé fait foi


Monsieur le président, chers collègues,

Rappelons-nous. Nous sommes le 15 septembre 2018. Palais de l’Elysée. Jonathan J, 25 ans cherchant un emploi dans l’horticulture interpelle Emmanuel M, 40 ans, président de la République. Il ne trouve pas d’emploi malgré tous ses efforts. Emmanuel M répond « il y a des tas de métiers. Il faut y aller ! Maintenant, hôtels, cafés, restaurants, je traverse la rue, je vous en trouve ! Ils veulent simplement des gens qui sont prêts à travailler, avec les contraintes du métier ».

Et l’échange s’arrête sur cette vision du monde du président. Quelle est-elle ? Elle sort tout droit d’un monde imaginaire, un monde qui n’existe pas. Cette vision s’inscrit dans la lignée de décennies, de siècles d’une vision libérale de l’économie qui en matière d’emploi n’a jamais porté de fruits. Elle répond à une pensée magique fondée sur une adéquation entre offre d’emplois et demandes.

Notre programme métropolitain d’insertion pour l’emploi répond à une toute autre vision. Son objectif n’est pas l’injonction à traverser la rue. Au contraire il s’agit de construire des ponts entre les besoins concrets des entreprises et les demandes et besoins d’accompagnement des publics éloignés de l’emploi, basée sur une réalité sur notre territoire.

Malgré de nombreuses créations emplois — 25 560 sur notre territoire entre 2015 et 2020 — le nombre de demandeurs d’emploi ne cesse d’augmenter — + 9% sur la même période — et des entreprises ne parviennent pas à recruter. Cette réalité de nombreuses entreprises est encore plus forte depuis la crise sanitaire. Il faut donc une politique spécifique. Ce nouveau programme métropolitain d’insertion pour l’emploi l’incarne parfaitement.

Merci à la vice-présidente Séverine Hémain, merci à l’ensemble des services mobilisés et au travail de la Direction de l’Insertion et de l’Emploi d’avoir réussi, après des mois de concertation, à présenter un document cadre qui nous permet surtout de sortir d’une vision restrictive de l’insertion.

Non seulement, le programme identifie les freins à l’emploi mais il s’adresse à l’ensemble des publics fragiles. Nous relevons l’attention particulière portée aux 18-30 ans qui présentent un besoin d’accompagnement socio-professionnel important. À travers les 38 fiches actions, les 14 objectifs opérationnels chiffrés – ils ne l’étaient pas dans le programme précédent – nous notons le refus d’opposer Solidarité et Emploi. Les aides sociales et l’ensemble des axes de ce PMI’e sont orientés vers le retour à l’emploi sur un territoire où l’ensemble des acteurs économiques évoquent un problème d’employabilité.

Il est proposé d’agir sur tous les freins à l’emploi en même temps : exclusion sociale, logement, mobilité. Nous soutenons l’ambition de coupler l’emploi d’abord et le logement d’abord et d’impliquer employeurs sur cet enjeu-là.

Des personnes précaires, des personnes à la rue peuvent reprendre un travail quelques heures dans la semaine mais cela n’offre pas assez de ressources pour sortir de la pauvreté et de la précarité. C’est pourquoi il nous faut agir en même temps sur l’emploi, le logement mais aussi la mobilité. Par exemple avec le projet que nous pilotons « Un toit sur la tête, un job dans la poche » et l’objectif d’accompagner 300 jeunes de moins de 25 ans en situation de vulnérabilité et/ou en grande précarité, en favorisant leur accès au logement et à l’emploi au moyen de trois éléments fondamentaux : une prestation de revenu minimum, des mesures d’activation du marché du travail et un accompagnement adéquat vers le logement et l’emploi.

Le programme métropolitain d’insertion pour l’emploi témoigne de l’ambition et de la capacité de notre Métropole à combiner ses compétences sociales et économiques  et de faire de notre territoire un territoire hospitalier pour toutes et tous.

Nous relevons dans les fiches actions l’attention portée à toutes les personnes qui vivent dans la précarité, notamment à celles et ceux qui ont connu la migration et l’exil. Nous sortons ainsi d’une situation hypocrite at absurde. Trop de d’hommes et de femmes sur notre territoire sans droit ni titre sont dans l’incapacité de travailler alors qu’ils ne sont pas expulsables et qu’ils ne seront pas expulsés. Il y a une urgence à travailler au retour à l’activité, à la participation inconditionnelle de toutes et tous à la vitalité de notre territoire comme nous l’avons déjà engagé avec les lieux d’hospitalité mis en place par la Métropole (sites de tiny house, lieux conventionnés).

Certains rêvent que les politiques d’insertion se confondent avec une simple traversée de rue. Pour d’autres il est possible d’agir, d’accompagner et de ne pas opposer solidarité, action sociale et emploi. Choix que vous avez fait, Monsieur le président et Madame la vice-présidente.

Notre groupe, et tout particulièrement Joëlle Séchaud et Jean-Michel Longueval, mobilisés sur ce dossier dans le cadre de la commission, votera favorablement.

Je vous remercie.